Prochaine séance du pôle Praxis 11 mars 2008 à 14h
Message du Pr Béatrice Fleury
La construction d’un objet communicationnel : la patrimonialisation
Jean Davallon
Mardi 11 mars 2008
(14h-16h : Salle de la MSH Lorraine, 4e étage, bâtiment SHA)
Dans sa plus grande généralité, la question de la recherche conduite par Jean Davallon est la suivante : comment aborder un processus symbolique d’un point de vue communicationnel ? Les sciences de la communication sont souvent réduites à l’étude des stratégies, de la transmission de l’information, de la production de la signification ou des effets de celle-ci. Jean Davallon s’est donc intéressé à l’étude de processus qui sont en rupture avec une telle idéologie. Selon lui, c’est la condition pour comprendre les objets culturels semblant avoir une double caractéristique qui définit la dimension symbolique d’un média : un travail technique produit de la signification (en articulant de la matière et du langage) et l’objet qui en résulte est capable de produire de la relation sociale (en articulant du sémiotique et du social). Un des médias dans lequel ce processus est particulièrement bien repérable est l’exposition. En ce cas, à la première caractéristique correspond la mise en exposition ; à la seconde, l’opérativité symbolique de celle-ci. La première renvoie à une écriture qui construit un contexte à l’exposé et un type de relation du visiteur à celui-ci ; la seconde, qui dépend de la première, à l’instauration d’un rapport entre le visiteur et un univers de langage dont l’exposé est le représentant.
En travaillant sur les musées en tant que cadres institutionnels de ce média, il est apparu au chercheur que le fonctionnement de l’exposition utilisait des objets dont le statut social était pour une large part déjà défini. Certes, exposer des objets peut contribuer à les faire considérer comme du patrimoine, mais cette opération n’est pas en soi suffisante pour que cet objet devienne patrimoine. C’est pourquoi Jean Davallon a réexaminé un grand nombre de textes sur le patrimoine (et ce qui était à la périphérie telle la mémoire), afin de voir comment ce changement de statut était décrit, pensé et mis en œuvre. Dans Le Don du patrimoine, il a essayé de traduire ce qu’il avait mis au jour, à savoir : « Comment des dispositifs institutionnels, langagiers et médiatiques contribuaient à transformer le statut social de certains objets et, par le fait même, à travers eux, à instaurer un rapport symbolique avec les hommes qui les avaient produits ? ». Jean Davallon reconnaît que, certes, nous sommes aux limites de la communication, là où celle-ci est production des conditions d’une relation sans un échange autre qu’imaginaire. Mais en même temps, il suggère que cette modalité extrême renseigne particulièrement bien sur la dimension symbolique de la communication.
Jean Davallon est professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse. Docteur d’État ès lettres et sciences humaines, sa thèse s’intitulait ; « L'Image médiatisée : De l'approche sémiotique des images à l'archéologie de l'image comme production symbolique », Paris, Écoles des hautes études en sciences sociales, 1991). Il dirige actuellement le Laboratoire culture et communication (EA 3151) et, côté français, le Programme international de doctorat Muséologie, médiation, patrimoine (programme conjoint de l’université d’Avignon et des pays du Vaucluse et de l’université du Québec à Montréal). Il est co-rédacteur en chef de la revue Culture & Musées et lecteur pour plusieurs revues. Ses recherches portent sur l’étude du fonctionnement communicationnel des médias de la culture, principalement sur l’analyse de l’exposition comme média (présentation des savoirs, valorisation des différentes formes de patrimoine) et plus récemment sur l’approche communicationnelle de la notion de patrimoine. Elles se sont intéressées antérieurement à l’image (spécialement publicitaire et artistique) et se développent aujourd’hui en direction de l’exploration des médias informatisés du fait de la proximité de leur fonctionnement avec l’exposition, à travers notamment la participation ou la coordination de programmes de recherche sur cette question (coordinateur du projet « Traces d’usage et médiations éditoriales dans les grands corpus du Web », ANR 2006).