Appel à publication -- Revue tic&société (http://ticetsociete.revues.org/)

Thématique : TNIC & religions

Date-limite : 30 juin 2014 
Les religions se formant de la communication et de la transmission de l’information, dogmatique et rituelle, ainsi que de la suggestion qu’elles opèrent de la présence du divin, ont utilisé l’ensemble des moyens d’information et de communication, dès leur naissance. Ceux-ci ont contribué à construire un espace de signification socialement partagé et à accroître leur emprise, par le texte, le rite, le discours et l’image (ou son absence), suscitant ou mettant à distance l’affect, invitant à une communication avec des êtres non visibles, contribuant, par cette diffusion, à une régulation de l’espace social, fortement différencié et structuré.

Les technologies numériques de l’information et de la communication (TNIC) sont mobilisées aujourd’hui de la sorte par des groupes religieux, des mouvements spirituels et des sectes pour mettre en circulation des prières, transmettre des informations pour la pratique rituelle, diffuser une connaissance juridique, enseigner ou apprendre le rituel et le dogme, partager des interprétations, donner à voir des signes, des images ou des événements, et inviter à les rejoindre... Si elles ne forment pas nécessairement une « cybereligion », reliées qu’elles sont à des ensembles de pratiques, à des corpus législatifs et rituels, et à des institutions, les TNIC produisent néanmoins un accompagnement info-communicationnel de la pratique ou de la croyance religieuse dont certains fidèles, le plus souvent pratiquants, disposent. Ces dispositifs techniques accompagnent manifestement le développement ou la récession de certaines religions ; elles en modifient parallèlement la visibilité et la représentation.

Si les TNIC renouvellent l’apologétique et la propagande religieuses, au moins dans la forme, quand textes ou images de la tradition sont repris et rediffusés sur ces supports, elles peuvent être les outils d’un nouveau prosélytisme, visant d’autres catégories de population. Les TNIC peuvent également être perçues comme transformant la relation que les religions entretiennent, quand il y en a une, à leur « savoir » propre, autrefois difficilement accessible, au prix d’années d’études, et au « mystère » qu’elles annoncent ou décrivent et auquel elles introduisent (mystagogie, initiation…) : les TNIC, en effet, publicisent, quand les religions ont pu constituer des espaces progressifs, normés et restreints permettant l’accès de seulement quelques-uns à l’information et à la connaissance juste du divin.

Ce numéro de tic&société entend donc rassembler des travaux de recherche, clairement positionnés, notamment sur le plan méthodologique et par rapport à l’objet étudié (la position du chercheur se trouvant identifiée), qui investiguent la façon dont les religions, les sectes, les mouvements spirituels ainsi que les croyants, mobilisent les TNIC. L’accent sera ici porté tant sur les dispositifs eux-mêmes, dans leur prétention communicationnelle, et leurs usages, que sur les stratégies dans lesquelles ils s’inscrivent, la mobilisation à laquelle ils invitent, et les enjeux économiques, politiques et géopolitiques qu’ils manifestent.

– TNIC & religion : formats et supports des dispositifs mobilisés

Comment sont produites ces applications numériques religieuses et spirituelles ? S’inscrivent-elles dans le prolongement de pratiques traditionnelles de fabrication d’objets religieux et de médias religieux ? Les formats utilisés sont-ils spécifiques ou les contenus proposés s’inscrivent-ils dans des formats numériques ordinaires ? Comment les applications dites de « réseaux sociaux » se trouvent-elles mobilisées ? Quel est le lien des supports (application pour smartphone, site web, courriel, diaporama numérique, etc.) conçus avec les médias, et comment s’entrecroisent-ils avec ces derniers ? Assiste-t-on à une forme spécialisation des moyens de communication qui les différencierait dans leurs objectifs ?

– TNIC et pratiques religieuses et spirituelles

Que sait-on des usages de ces applications religieuses numériques (par ex. : des applications pour smartphone, des cadres photo-numériques religieux, des diaporamas spirituels et des applications d’aide à la prière ou d’aide à la réalisation d’un pèlerinage) dans la vie spirituelle, rituelle, sociale (alimentation, vêtement, pratiques corporelles, etc.) et religieuse des adeptes, croyants et pratiquants ? Ces TNIC induisent-elles une modification observable des pratiques religieuses et spirituelles ? Comment le recours à ces dispositifs s’articule-t-il avec la vie religieuse sociale et communautaire, voire institutionnelle « traditionnelle », s’il en est ?

– Acteurs et stratégies, mobilisation et activisme

Quel rôle joue l’institution religieuse dans cette communication numérique ? Y incite-t-elle ? Propose-t-elle des moyens (matériel, formation) ou un cadrage théorique ? Ces applications sont-elles le fait de groupes de médias structurés, de groupes religieux inter ou transnationaux, ou le fait de communautés religieuses locales, voire de fidèles se pensant autonomes ? Certains acteurs apparaissent-ils comme marginaux ? Cette communication s’inscrit-elle dans une internationalisation de la communication des religions ? Quel rôle jouent ces TNIC dans la mobilisation et dans l’activisme religieux ? Quel est le mode de participation des fidèles ? Que disent les manuels, s’il en est, d’utilisation des TNIC pour « parler de Dieu » ou de la loi divine ? Les TNIC opèrent-elles comme un outil de séduction et comme un signe de « modernité », à l’égard de populations plus jeunes ou socialement favorisées ?

– Enjeux identitaires, politiques & économiques

En quoi ces TNIC sont-elles le signe d’enjeux identitaires, nationaux ou transnationaux ? Quels sont, au-delà, les enjeux politiques de cet investissement ? La dimension géopolitique, réactivée par la mondialisation, invite-t-elle à une mobilisation accrue des TNIC dans le domaine religieux ? Quels sont les modèles économiques de cette utilisation religieuse des TNIC ? Relèvent-ils d’une incitation au don ? D’un détournement ou d’une reproduction de pratiques professionnelles structurées ?

Calendrier et modalités de soumission

Les contributions peuvent être soumises en français, voire en anglais, en allemand ou en espagnol (mais dans ce cas accompagnées d’un résumé de 3 000 caractères en français). Les textes doivent comprendre environ 40 000 caractères espaces compris. Les auteurs sont invités à respecter les consignes concernant la mise en forme du texte (consignes disponibles sur le site de la revue, à la page http://ticetsociete.revues.org/90). Les manuscrits feront l’objet de deux évaluations selon la procédure de lecture à l'aveugle. Les contributions en anglais, en allemand et en espagnol seront évaluées puis traduites en français dans la mesure du possible (à charge de l’auteur).

La date limite de soumission des articles est fixée au 30 juin 2014.

Les textes doivent être envoyés à l’attention de David Douyère, coordonnateur de la thématique de ce numéro, à l’adresse suivante : david.douyere@gmail.com

Il est toujours possible de proposer des textes hors thème. Nous nous réservons toutefois le droit, soit de les diffuser dans la rubrique « Varia », soit de les conserver pour un prochain numéro thématique. Merci, dans ce cas, d’envoyer les textes à l’adresse suivante : ticetsociete@revues.org.